Météléans (*)
En aval de Lachau, à l'embranchement dit du Pin Bleu, prenez à droite (certains vous diront à gauche, ne les écoutez pas). Le sentier, timide d'abord, s'enhardit à chaque lacet, la végétation cédant au minéral. Vingt minutes d'une montée transpiratoire, vous y êtes : Météléans.
Un premier édifice attire le regard : imposante bâtisse blanchie à la chaux, et qui saigne. Abondamment. D'un sang rouge vif, mais d'encre parfois, aux étranges reflets bleutés.
C'est la prison. On y mange bien, paraît-il.
Chose difficile à vérifier, les gardiens étant muets (ils sont sélectionnés comme tels, et d'ailleurs, par précaution, on leur taille la langue à l'embauche, tchac ! en biseau). Visages fermés, mâchoires renfrognées de pitbulls enchaînés, à vous décourager du moindre bonjour.
Les autres bâtiments administratifs (mairie, centre des impôts, foyer des contrôleurs) ne présentent pas de saignement, ni rien d'autre de particulier. Si : ils n'ont pas d'entrée connue. Les rares fonctionnaires que l'on croise aux abords, on ne les identifie qu'au dernier moment, lorsqu'ils y disparaissent soudain, sans doute par quelque porte dérobée. Avec la mimique désolée de qui en sait long, mais ne peut divulguer.
De la prison, un étage entier serait dédié aux seuls voleurs de portes. Mais comment les tiennent-ils enfermés, ces courants d'air ? Secret à ce jour bien gardé...
(*) Appel aux voyageurs ou autochtones : nous sommes gourmands de tout renseignement sur ce village, ou sur un autre de la vallée. Envoyez !